Ça arrive comme ça : au début tout va bien, tout est doux, paisible, clair, parfait. On est en harmonie, heureux.
Et après...il y a une phrase ou même un mot qui fait tout basculer...L'équilibre fragile qui nous maintenait se brise, tout vole en éclat dans un grand fracas cristallin...du bonheur éprouvé juste auparavant il ne reste rien...juste un goût amer, la gorgée de bile qu'on ravale...et cet espèce de fluide glacé qui nous fige: l'adrénaline. Le doute nous envahit. La colère. L'impuissance. La frustration.
C'est un mélange qui donne la nausée. Au début on se dit que c'est la faute de l'autre et on voudrait lui faire souffrir mille fois ce qu'on souffre...et après on se dit qu'en vérité c'est nous, qu'on est la cause du mal, de tout. La douleur nous envahit alors...lame de fond qui nous submerge et veut nous engloutir. On a envie de pleurer, de hurler, de casser tout ce qui est à portée de main...et de nous faire mal...se serait tellement soulageant...le douleur physique étoufferait la douleur morale, et tout irait mieux...Mais ça devient rapidement pire que ça...on fait le vide autour de nous. Avec violence, on fracasse tout, brisant les liens. On détruit les autres autour...quelques phrases suffisent, on les connaît bien ces gens, ils nous aiment, il veulent nous aider...on sait tous leurs points faibles, et on les vise, directement jusqu'à ce qu'ils s'abattent, K.O. C'est si jouissif...on se sent si fort juste une minute...tyrannique, égoïste, mortellement francs, cruellement sincères...en ces instants, l'hypocrisie n'a plus de place...il ne reste que la vérité doublée de la cruauté...quelque chose de très difficile à accepter. Quoi de plus cruel que de démolir ceux qui nous aiment et nous proposent gentiment leur aide ? Une phrase, ils s'étonnent. Deux, ils s'indignent. Trois, ils vacillent. Quatre, ils reculent. Cinq, ils pleurent. Six ils s'effondrent, vaincus. Mais ils nous reviendront dés les excuses présentées...comme le chien battu qui revient à son maître...ils nous aiment tant ces gens...certains nous adorent, nous admirent et c'est à eux qu'on fait le plus de mal.
Dans ces coups de temps la on n'accepte que la solitude pour silencieuse compagne et la haine pour salutaire conseillère.
Tandis que tout vole en éclat, et que le vide se fait autour de nous, à l'intérieur c'est pire. Derrière les hurlements silencieux, les appels à l'aide d'une âme qui sombre, derrière la haine et la cruauté, un désespoir meurtrier et ce vide qu'on fait, ces amis qu'on rejette...pour mieux haïr, pour mieux lâcher prise. Pour se regarder en face et se crier ce qu'on est vraiment : immonde, mauvais, infect, odieux, cruel, tyrannique.
La douleur est la, elle est insecte qui plante profondément ses griffes dans la peau. Elle s'accroche au ventre, à la gorge, au creux du c½ur. Elle serre, mord, pince, étreint. On a mal à en étouffer. On en hurle, on en pleure. Larmes de rage et d'impuissance.
On est fou. Tout le monde pense qu'on est fou. On le pense aussi et c'est la longue chute dans l'abîme qui s'amorce. Le rejet de toute forme d'autorité et de raison. Le rejet de ce qui nous sauverait. Peu importe. On n'est plus que ruines déjà. On sombre. Tout est si noir. Et d'un coté on se sent bien pendant la chute. On a fait tellement de mal avant de lâcher prise...et on a eu si mal que la folie a eu raison de nous. On a pris sa vengeance sur la douleur de départ. Le petit rien qui porta un coup au c½ur et engendra tout.
Mais sur la fin, il n'y a plus de haine, ni de colère. Il n'y a que le désespoir et l'impuissance.
La douleur est étouffante. Et la on pense à la mort. Si douce la mort. Si silencieuse, si froide, si calme.
Elle tend les bras. Elle a la douceur d'une mère la mort. Elle attend. Elle est au bout de chaque chemin. Tout se termine par elle. Où tout commence avec elle...la mort...si tentante...
Tout est si noir maintenant...on a semé le trouble en nous, on a semé la destruction en retour. La vengeance nous guidait, ce besoin viscéral de faire payer, de voir souffrir et de dominer, si jouissif, si humain.
Et la, on hait ce que l'on est, on est ce que l'on hait.
Le dégoût de soi, si puissant, s'installe avec la nausée.
Détruire tout. Vêtir de sombre ce qui est lumineux, que le chaos domine la raison. Que le feu ravage ce monde. Que le sang emporte le genre humain. Moi Reine des Ruines.
Dans sa folie on voudrait entraîner le monde avec nous.
Le monde dans sa folie...Et le laisser retomber et s'écraser avec fracas. Il y a trop de bruit dans notre tête à cet instant. Les hurlements, les pleurs, les supplications, les rumeurs de la foule, les appels au secours... Trop de bruit...cette folie qui nous dévore...impossible d'appeler à l'aide maintenant. Nul ne nous entendra. On hurle en silence. Une prison de verre nous coupe des autres. On peut hurler, on peut frapper, impossible d'en sortir. Ils sont la pourtant, tout près mais impossible de les appeler...on se noie sous leur yeux aveugles...ils ne veulent pas voir, ils ne veulent pas entendre...on est seul...seul et fou. Dans le fracas assourdissant de notre folie.
Un simple geste pour y mettre fin. Un coup. Et soudain le silence. Total. Salvateur. Il n'y a que...ce bruissement soyeux du sang qui s'écoule hors de nous...nappant le sol...nous laissant exsangue...et si calme...si apaisé...la folie s'écoule avec le sang...quittant notre âme, enfin...un tel silence, tout est doux, blanc, froid...plus rien ne blesse, on glisse...loin...loin...loin dans les bras rassurant de la mort. Enfin libres.
____________ -By Reveillusoire-